Tilda Lovi, Paris

Ah oui, c’est vrai, je vous ai promis de vous parler de mes lectures. Mais d’abord, elles sont plutôt éclectiques en ce moment (je lis toujours plusieurs livres en même temps), et puis sur deux axes, celui de l’édition, les textes que j’aimerais éditer, tels quels ou en refaire la traduction, et ceux où m’emmènent mes « chemins aléatoires » d’artiste et lectrice passionnée (passionnelle).

En premier je dirais que j’ai réadoré le premier et meilleur roman, peut-être, de Bounine, Le Village, qui est une grande claque à la littérature bcbg, une immense leçon de poésie et d’art (là, presque brut ?), voilà. J’ai encore une fois eu envie d’en refaire la traduction, celle qui court ayant besoin d’urgence d’être « rafraîchie » (sinon gravement révisée), et puis, je me suis renseignée, et ô, que vois-je sur Internet ? Une nouvelle traduction va sortir chez Bartillat en mars ! Pourvu seulement qu’elle soit de Claire Hauchard, traductrice rare qui sent Bounine de toutes ses fibres, dont j’ai, entre autre, adoré la traduction de La Vie d’Arséniev
Oui, Le Village, c’est un grand roman, qui remet totalement les pendules à l’heure en ce qui concerne l’image qu’on donne en général de Bounine, gentleman écrivain désargenté, nostalgique, et en smoking emprunté pour aller à Stockholm recevoir le prix Nobel de littérature. Car ici, dans ce roman qui a soulevé en Russie un tollé d’indignation à sa sortie (en 1909), le monde du paysan russe affranchi de l’époque prérévolutionnaire est taillé à la hache, crument et sans concession. Bounine, aristocrate russe authentique, a toujours aimé profondément le paysan russe, depuis son enfance, donc il a le droit d’en faire un tableau cruel, comme on a le droit de critiquer ceux qu’on aime, d’abord par amour. Et là, nous sommes presque en Bavière dans le mémorable film de Peter Fleischmann, Scènes de chasse en Bavière (1969), dans le cochon qu’on égorge pour sa charcuterie fumante, et tout ça dans la ruse paysanne légendaire et la fange la plus crue et boueuse. Pas facile de supporter ces images rudes.
Mais l’art est là, et grandiose. Et quels dialogues ! Alors, que ceux qui lisent le russe aillent le lire dans le texte, que les autres fins amateurs attendent la sortie de la nouvelle traduction (je prie le ciel qu’elle soit excellente, et nous libère de celle, qui date forcément, du sieur Maurice Parijanine, « le Parisien » en russe, libertaire inspiré, traducteur entre autre de Lénine et Trotski). Voilà pour mes lectures russes… Ah, oui, je rêve aussi, au risque de vous paraitre ringarde, de rééditer le texte sublime de Lermontov, Un héros de notre temps. Si vous voulez savoir pourquoi, relisez-le, en russe ou en traduction, elles ne sont pas si mauvaises (même si je rêve aussi de la refaire), vous comprendrez tout de suite pourquoi je vous le recommande, c’est un des plus grands textes de la littérature russe, roman d’un grand poète, et Dieu sait si j’aime la poésie ! En plus c’est, comme on dit, immortel et toujours d’actualité.

À part ça, je voulais juste vous dire que je ne lis pas que des auteurs russes, loin de là, et même, j’aurais un gros penchant pour la littérature anglo-saxonne.

Alors pour commencer, je vous recommande un petit texte de quelqu’un qui me plaît depuis toujours, pas seulement sur le plan littéraire, mais surtout car c’est, selon moi, un artiste complet, qui a complètement appliqué ses idées sur l’art et la vie… à sa vie. Vous commencerez par ce petit texte, donc, qui a plus d’un axe de lecture, et vous entraine dans pas mal de réflexions en tout genre et associations d’idées, et qui donne envie : De la marche (1862), de H. D. Thoreau. C’est court, mais ça en dit long, sur moi, sur vous, et le monde… Et c’est très stimulant ! Je n’en dis pas plus. Avis aux curieux, aux amoureux de la vraie poésie, concrète, et à ceux qui ont du flair !
Oui, mais vous me direz, et la littérature contemporaine dans tout ça ?..

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Gueule de poisson au marché de la Place des Fêtes