Noelle reduit  photo 044 265x300 Livre et ToileNoëlle Rollet

 

Livre et Toile dessinent une constellation assez nébuleuse : il y a un d'un côté les appareils (liseuses, ordinateurs, téléphones…), les logiciels qu’ils mettent à disposition (comme Acrobat Reader, ou tout bêtement votre navigateur ou un logiciel de traitement de texte), et les divers formats qui accueillent le texte : .pdf, ou tout bêtement .txt, .doc, mais aussi plus spécifiques .epub, .lit ou le slave .fb2.

De quoi parle-t-on exactement, au fond ? Du livre numérisé. Du livre, quand on n'en garde que le texte. Qu'en fait-on ? Comment le fait-on ?

Révolution annoncée, paris lancés. Il est l'heure de fourbir ses armes, de planifier d’audacieux plans de bataille, pour ne pas louper le coche, paraît-il. Ça buzze, comme on dit de par nos écrans. On en parle. Tous azimuts. Du moins certains.
Tout ça pour répondre à une simple question : comment lirons-nous demain ? Est-il envisageable que les enfants de l'écran le quittent pour quelque chose d'aussi ringard qu'encre et papier, qui excluent toute navigation par liens hypertexte, tout partage en « temps réel », tous ces chouettes gadgets, enfin, qui font tourner la quenouille de la Toile ? Le livre, cet objet sacro-saint, peut-on tolérer qu'il soit ainsi dématérialisé, que tout le sérieux et l'authentique attaché à ses feuillets disparaisse pour aller rejoindre le grand fourre-tout « internautique », sans âme ni conscience, comme chacun sait ? Bref : le livre numérique oscille entre rêve ou cauchemar, en d'interminables débats.

Le livre numérique angoisse les éditeurs, et implique bel et bien pour eux une révolution. Spéculation de mise. Dans les deux sens du terme, d'ailleurs : deviner demain pour faire des profits, ou les maintenir. Google avec GoogleBooks, Sony et ses « liseuses », Amazon et son « Kindle » associé à son offre, ou encore Apple, entrent ainsi dans le marché du livre. Il s'agit d'orienter les désirs du futur client. Et le changement est assurément complexe, puisque les intermédiaires sont pour l'instant multipliés. L'éditeur, certes, qui doit numériser le texte mais déjà choisir le format : certains seront lisibles par n'importe quelle machine, d'autres pas, donc cela implique de réfléchir au succès potentiel desdites machines et de ceux qui les vendent, puis le mettre à disposition du public, en passant notamment par Amazon ou Google, tout en se demandant ce que feront les libraires traditionnels. Où les achèterez-vous, demain, ces livres, et comment ? Tout un circuit à repenser. Oui, une petite révolution.

Avouons qu'elle n'a pas forcément de quoi passionner le lecteur, posé en ces termes. Elle est pourtant aussi l’occasion de repenser le livre et le texte. Parmi d'autres, l'entreprise de publie.net est exemplaire. Les livres proposés ne sont pas numérisés. Ils ne sont que numériques, et associent par exemple au texte le son et l’image. La démarche ici n'est plus que commerciale, ne s’intéresse pas seulement au public, mais tout autant à l'écrivain en amont. Le livre numérique non plus dans sa version de marchandise exclusivement, mais tout autant dans sa dimension créative. Quelles possibilités ouvre-t-il à ceux qui écrivent ?

Je ne sais sur quel support je lirai demain. J’avouerai même que je m'en fiche un peu. Je soupçonne un écran, mais pas forcément celui d'une liseuse, qui soit exclusivement réservée aux textes. Mais un changement intelligent ne serait-il pas d’anticiper et de promouvoir les nouvelles formes d’écriture, qui entraînent de nouvelles formes de lecture, et, seulement après, de publication et diffusion ? De dépasser l’aspect purement technique pour offrir, autant qu'un nouveau type de support, un nouveau type de textes ? Rêvons...

Que faire du livre dématérialisé ? C'est pourtant simple : l’écrire, et le lire.

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